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Dans une démarche de géopolitique critique, cet article montre comment l’Europe a été mobilisée en tant qu’objet géographique pour penser et mettre en pratique la conservation transnationale de l’environnement entre la Finlande, la Norvège et la Russie depuis le sortir de la guerre froide. Il est basé sur une recherche documentaire et quarante entretiens avec des acteurs locaux de l’initiative pour la Ceinture verte de Fennoscandie, qui vise à créer un réseau écologique le long de l’ancien rideau de fer qui se dressait entre l’Europe du Nord et l’Union soviétique. D’abord, il explique comment le développement de la ceinture verte s’est articulé avec l’idée de diffuser les valeurs du projet européen dans la Russie post-soviétique. Ensuite, il montre comment la conservation transnationale de l’environnement est organisée et opère en réalité au niveau local à travers des acteurs décentralisés. À l’heure où la théorie néoréaliste revient par la grande porte pour expliquer le caractère indépassable de l’affrontement entre les blocs européens et russes, ce travail appelle à nuancer cette perspective. Cet article illustre comment la relation entre l’Union européenne et la Russie n’est pas le fait de deux blocs monolithiques motivés par leur seul intérêt de puissance, mais qu’elle opère à travers des canaux divers et répond des subjectivités des acteurs qui la composent au niveau local.