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Vestiges de la Seconde Guerre mondiale, les bunkers, jadis destinés à abriter les sous-marins allemands, ponctuent la côte atlantique. La requalification de la base de Bordeaux en “data center” révèle l’intime complémentarité de ces deux programmes à travers la conjugaison de leur dimension hautement territoriale. Tandis que les serveurs s’approprient l’espace initialement conçu pour la machine, le flux originel des sous-marins se substitue à celui grandissant des données numériques. En devenant le lieu où émergent les infrastructures qui supportent les communications digitales du XXIe siècle, le bunker se réaffirme comme interface physique entre terre et mer, témoin de flux ubiquitaires autrement imperceptibles. En incarnant notre contemporanéité culturelle, le “data center” reflète la société à travers la numérisation de l’histoire collective et de nos vies personnelles. Malgré cette proximité apparente, ce programme émergent reste méconnu du public, qui demeure étranger à ce paysage technologique résultant du stockage de ses données. La création d’une passerelle piétonne traversant la base confronte les promeneurs à ce paradoxe en établissant un nouveau dialogue entre le public et le “data center”. La base de Bordeaux, jusqu’ici symbole déchu d’un pouvoir géopolitique du siècle passé, devient alors l’archétype de celui qui nous est contemporain. Cette nouvelle appréhension sociétale du “data center” initie dès lors son acceptation en tant que nouveau monument de notre temps.